La Golf GTi est une institution dans le monde des citadines et compactes sportives. Elle a encore une place de choix aujourd’hui sur le marché. Après une première génération qui démocratisera un segment, la Golf GTi revient dans sa seconde itération en 1984. La base reste identique, la puissance aussi, mais le poids explose… Pour pallier ce problème, Volkswagen passe aux 16 soupapes pour rendre performance et noblesse à sa Golf. Imaginez si en plus vous optiez pour une version limitée qui vaut le détour ? Asseyez-vous confortablement, on part pour un essai rétro.
Une pépite
Il est agréable de découvrir une icône fraîchement sortie de restauration. Si certains petits détails sont en fin de peaufinage, cette Golf II GTi Edition One revient de loin. Après deux ans et demi de travail, elle foule de nouveau la route et avec une santé de fer. Dans sa belle robe noire Brillantschwarzt, c’est avec le toit ouvrant que nous profitons d’un soleil radieux pour attaquer les routes secondaires derrière Alès.
Quand on voit une Golf II aujourd’hui, le poids des années pèse et le design très carré nous ramène immédiatement en 1990, date de production de notre auto du jour. La Golf II a vu le jour en 7 ans plus tôt, pour remplacer la voiture qui aura sauvé la marque de Wolsburg en prenant la suite d’une très vieille Coccinelle. Sa base technique repose en grande partie sur celle de la première génération, mais son embonpoint viendra greffer les performances de la compacte sur la GTi en 8s.

Très vite, VW proposera donc une version 16s avec un moteur KR de 1781cm3, qui développe 139ch. La Golf revient donc aux affaires face aux 205 GTi 1.9 et autres Supercinq GT Turbo. L’Edition One de notre essai est une série limitée, qui ne restera qu’entre 89 et 91 au catalogue. Elle est suréquipée, et peut recevoir soit le 16s, soit le moteur G60 compressé ou bien garder son petit 8s de 112ch. Elle en reprend d’ailleurs le kit esthétique avec les extensions d’ailes et les pare-chocs. Cela lui donne un look assez sportif accentué par la chute de 10mm vis-à-vis d’une GTi 8s. Les logos de la firme, dont la meilleure vente est des saucisses, deviennent ici noirs. Oui, 25 ans avant l’invention de black pack qui pullulent partout aujourd’hui. Elle reçoit aussi d’exclusives baguettes latérales badgées 16s et de logo d’aile « édition Wolfsburg ». Les jantes BBS en 6,5″ complètent son look avec brio (ici la voiture n’en étant pas équipée pour l’essai).



Dose de modernité
Au premier coup de clé, le bouilleur de cette Edition One se réveille sans la moindre hésitation. Son régime stabilisé à 1250tr/min au ralenti est d’une rondeur germanique comme on peut s’y attendre. Son râle est d’autant plus appréciable puisqu’il s’octroie les services d’une ligne complète Supersprint. Les puristes ne seront pas forcément content d’une telle modification, mais mes oreilles oui. La sonorité de ce 1.8L KR est très métallique, notamment dans les tours, mais la voiture sait se révéler discrète en conduite douce et coulée.
Cette GTi 16s impressionne d’ailleurs dans son usage quotidien, une qualité qu’elle partage avec toutes ses descendantes. La souplesse de son moteur avec son injection K-Jet Tronic est déconcertante, d’autant que ce moteur est un vrai élastique. Les montées en régime ne sont pas violentes, la boite de vitesse y étant pour beaucoup. Cette Golf se plaît tout de même à aller chercher les derniers tours minutes disponibles avec une certaine hargne. Si 139ch peuvent paraître ridicules aujourd’hui, à l’époque, cela devait sacrément causer!
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L’embrayage est simple à utiliser avec un poids et un point de patinage accessible à tous, mais la commande de boite de vitesse nage dans le bassin olympique du flou. Trouver les rapports n’est pas chose facile à la montée, avec une longueur de course interminable, mais c’est à la descente qu’on se surprend à passer une 2 à la place d’une 4. Il faut donc être vigilant et précautionneux à la tâche. Le verrouillage sauve une copie brouillonne qui accuse son âge.
Qu’on y est bien
Ouvrir la porte d’une icône, c’est toujours un moment sympa. Surtout lorsqu’on est accueilli par des sièges baquets parés d’un tissu bleu brodé « Edition », flatteur à l’œil. Ce n’est pas la GTI de monsieur tout le monde. À l’époque, cette inscription pouvait dans cette Edition One, laisser place à un « Recaro » dans le cas où vous cocheriez la casez des sièges électriques. Confortables et accueillants, ils s’avèrent dotés de bons maintiens latéraux dont certaines modernes devraient prendre exemple pour en faire un minimum. En revanche, ce qui trahit son âge est bel est bien la position de conduite. De type tabouret avec un volant incliné comme dans une camionnette. Cela a le mérite de mettre dans l’ambiance, mais il faut avouer que cette position reste plus agréable que dans certaines Françaises dotées d’un losange par exemple.
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Le bloc d’instrumentation est simple, avec deux cadrans très lisibles. Au milieu, on retrouve une batterie de contrôle des organes de notre Allemande, ainsi qu’un tout petit écran digital (pas le digital d’aujourd’hui, je vous vois venir). Il permet d’afficher l’heure, la consommation moyenne ou encore instantanée. Oh et oui l’odomètre de notre GTI 16s Edition One affiche plus de 314.000km avec son KR d’origine. Juste derrière le volant à 4 branches très « eighties », on a un petit champignon rouge. Il s’agit de la commande de warning. Je trouve cela très rigolo comme emplacement, mais aussi malin.
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Pour le reste de la planche, elle est très sommaire et germanique dans son ensemble. Elle embrasse mille et une nuance de plastiques austères qui, il faut l’admettre, ont bien vieillit. Je me laisse penser que les assemblages étaient à l’époque de bonne facture. Les bruits de mobiliers sont présents, mais après tant de kilomètres écumés et d’années au service, cela reste honnête pour une voiture populaire. Les surfaces vitrées sont immenses et il réside un sentiment de sécurité à n’avoir que si peu d’angle mort, mais aussi de fragilité en cas de choc quand on voit la finesse des structures. Les rétroviseurs à réglages manuels ne sont pas incroyables, la lunette arrière immense reste le meilleur atout pour la rétro vision.
Le poids, l’ennemi du mieux
C’est malheureusement un défaut que la Golf traînera longtemps dans son héritage, des kilos en trop. Et cela commence malheureusement avec cette seconde mouture, qui accuse 960kg. Mais il se moque de nous celui-là?! Replaçons les choses dans leur contexte. La Golf emprunte pour tout dire 80% de ses éléments à la première génération ainsi que son moteur 8s. Elle en profite pour devenir aussi plus habitable et bien plus grande au détriment du poids. Ainsi entre une Golf 1 GTi 1.8 de 112ch et sa descendante équipée du même moteur, les performances prennent le chemin de la décroissance, car il faut traîner 80 kilogrammes supplémentaires au minimum… Oui, mais la 16s résout ce souci? Pas si on la compare à une Oettinger 16s, bien que non distribuée officiellement par Volkswagen. Bon, après pas d’inquiétude, vous aurez tout de même des performances similaires à Golf 4 GTi qui n’a visiblement pas fait beaucoup de sport, mais qui a bien profité des spécialités allemandes.
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En châssis, il en résulte une voiture qui met rapidement en confiance. Posée sur 4 amortisseurs Koni, elle digère facilement ses kilos, plonge peu au freinage et contient bien son roulis. Elle permet d’enchaîner les virages à un rythme surprenant avec une certaine aisance, mais il faut veiller au grain, le train arrière peu vite devenir piégeur au lever de pied. Les freins sont corrects, il n’y a rien de particulier à dire à leur sujet. Le toucher de pédale permet une belle progressivité et compréhension de la capacité utilisée et restante. La voiture est bien aidée aussi par un frein moteur particulièrement présent qui détonne totalement avec les modernes.
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Ce qui rend la Golf très Golfesque est sa direction. Elle est assistée, un peu lourde en manœuvre et floue sur le point milieu. Elle a aussi et surtout le mauvais goût d’être très élastique avec une volonté de toujours revenir au milieu quoi qu’il se passe. Comme si son but dans la vie est de ramener la voiture roues droites. D’une part, ce n’est pas très agréable puisqu’à l’approche d’un virage, on sait qu’une bataille va être livrée. D’autre part, cela anesthésie une grande partie des remontées d’informations dans le volant et on perd de la précision dans les injonctions données au cerceau. Cela a pour effet de tomber dans la correction de trajectoire, ce qui peut engendrer du sous-virage. Et pour le corriger, il faut relâcher un peu, et vous vous souvenez de ce que je vous ai dit sur les levées de pieds? Bien entendu, cela n’arrive que lorsqu’on vient jouer à la limite avec la voiture, elle reste globalement très saine sinon dans son approche. Cette direction reste tout du moins peu agréable en virage, mais permet de conduire le coude à la portière et sans arrière-pensée le reste du temps, dans un véhicule très stable.
Attachante
Il faut le dire, cette Golf GTI 16s Edition One est une voiture qui invite à la conduite. Et peu importe que vous souhaitiez arsouiller ou vous baladez, elle fera les deux sans problème. Son échappement, qui aime laisser échapper quelques pétarades, y est sûrement aussi pour quelque chose. À vrai dire, bien que la Golf 2 soit l’une des générations que j’apprécie le moins sur le papier, cette 16s transpire à grosse goutte ce qui fait d’une Golf GTI, une Golf GTi encore aujourd’hui. À savoir une voiture capable de tout bien faire, dans le confort tout comme en allongeant la foulée et en restant raisonnable. Il faut compter dans les 7L/100km de consommation environ au quotidien et 11l/100km quand le pied-droit s’alourdit. D’ailleurs, il faut une petite mention spéciale au pédalier qui est parfaitement ajusté pour envoyer de beaux talon-pointes sur les rétrogradages, quand on ne se perd pas avec ce guidage de boite. Au final, cette Golf GTI 16s, ici en Edition One, a très bien vieillit et mérite l’attention qu’on lui apporte. Il n’en reste pas moins que les prix suivent les traces de la première génération et deviennent exubérants, ce qui éloigne l’accessibilité que ces petites voitures prônaient.
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Fiche technique et performances
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Moteur : 4 cylindres en ligne, 16s
Cylindrée : 1781cm3
Puissance maxi : 139ch à 6100tr/min
Couple maxi : 168Nm à 4600tr/min
Transmission : BVM5
Antipatinage/autobloquant : Non/Non
Poids annoncé : 960kg
Rapport poids/puissance : 8.1kg/ch
L – l – h : 3985 – 1680 – 1395mm
Empattement : 2475mm
Pneus AV & AR : 185/55 R15
Réservoir : 55L
Côte actuelle : ~20.000€
V.max : 206km/h
0 à 100 km/h : 8.6s

