Après 3h30 d’avion depuis Paris vers Héraklion, récupérer sa voiture de location est un peu comme le résultat de la loterie. Sur place, deux prétendantes restantes sur le parking, une Polo et une Clio. C’est l’allemande qui nous sera attribuée et qui va nous accompagner 10 jours durant sur l’île grecque. Asseyez-vous confortablement, on vous emmène dans un essai estival qui va déterminer la place de cette Polo dans la catégorie féroce des citadines.
Evolution sage
Le facelift de la Polo est intervenu il y a 3 ans déjà en 2021. Cette sixième génération date de 2017 déjà et voit le bout de la course. Il assagit la face avant et prolonge les optiques arrières, mais n’offre guère plus de modification stylistiques. C’est sage, mais tout de même assez notable comme vous pouvez le voir ci-dessous. La facelift est à droite (puis à gauche). Je ne m’attarderais pas sur le style, puisque notre Polo offre bien des surprises plus intéressantes.


Une motorisation différente
La première surprise à la lecture de la fiche de location de cette Polo est sa motorisation. Si elle offre 90ch, ce qui n’a rien de surprenant, la désignation du moteur en revanche fait tiquer. Il y a écrit TGi et non TSi. Erreur de frappe ? Non, il s’agit bien d’une motorisation existante chez VAG. On la connaît plus souvent avec sa double carburation au gaz naturel, dont elle fait l’impasse ici, et à l’essence. Cette version uniquement au sans-plomb existe donc, une nouvelle pour moi. Qu’offre-t-elle de différent face à un TSi ? Bien des choses !
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Pour commencer, la Polo en TSi offre 95ch et 175Nm de couple pour une cylindrée équivalente de 1.0L. Il y a donc un déficit de 5ch et 15Nm de couple sur le 1.0L TGi qui pointe donc à 90ch et 160Nm. L’une comme l’autre sont disponibles en boite de vitesse manuelle à 5 rapports ou en DSG 7. Ici, il nous faudra utiliser ses deux pieds et ses deux mains, tant mieux pour moi l’île étant montagneuse. Sur le papier, le TSi semble meilleur que le TGi, mais dès que l’on tourne la clé pour mettre en route le moteur, ce dernier impressionne. Le bruit est extrêmement discret, il ne vibre pas. Il s’efface totalement une fois le cold start passé. Le TSi est bien plus bruyant et vibrant, comme peut l’être le tristement fameux 1.2L Puretech.
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Cela se confirme une fois en route dans les rues d’Héraklion. Ce TGi est très discret et emmène la Polo non pas sans à-coups malheureusement. En première et en seconde dans le trafic urbain, le moteur ne vibre pas, mais il bouge. Il crée des mouvements insupportables en dessous de 2000tr/min qui ne s’endiguent qu’en accélérant ou faisant monter le moteur en régime. Au lancement de la voiture à un stop ou un feu rouge qui nécessite un peu de vigueur, la voiture cale à cause de ce moteur qui bouge. Le support moteur anti-couple est soit en fin de vie (à 22.200km!) ou bien beaucoup trop souple d’origine. Bien dommage, cela ne commençait pourtant pas si mal.
Souffler le chaud et le froid
Dès la deuxième journée, le bal des kilomètres commence. Avec plus de 110km dans la journée, il devient plus clair de se faire un avis sur le comportement de la voiture et les routes crétoises. Ces dernières, pour les grands axes et nationales, sont larges et bien surfacées. Elles ne souffrent que d’un seul défaut, les fortes ondulations et déformations (mais jamais cassantes). Cela permet de constater que la voiture est très bien suspendue et toujours autant discrète. La suspension, aidée par une monte en 15 pouces, offre au passager un ouaté très agréable. À aucun moment, la voiture n’est cassante.
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Sur voies rapides, le TGi propulse la Polo avec vigueur et caractère. Oui avec du caractère ! Il rappelle beaucoup le comportement du 1.3 TCe, avec un turbo qui se déclenche un peu en on/off au-delà de 2000tr/min, et s’essouffle à partir de 4500tr/min. Il coupe au limiteur (et pas au rupteur) à 6500tr/min mais il n’offre rien d’intéressant à ces régimes-là que du bruit. Il ne donne en revanche pas l’impression de souffrir comme peut le faire un TCe qui en devient désagréable. Cependant, comme la TCe, cet effet turbo, bien que fun, apporte un défaut qui devient assez important avec le temps. Il est creux, très creux, en bas. Ajoutons à cela une boite de vitesse longue (on y reviendra), et vous avez un cocktail qui peut devenir complexe. Il faut donc jouer souvent du levier sur les reprises pour mettre le moteur dans la bonne plage de régimes pour avoir une voiture vive. Sinon, il faudra patiemment attendre que le turbo daigne se réveiller puisque le lag de ce dernier est assez important. Le caractère s’accompagne souvent de vilains défauts.
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La boite de vitesse est douce, mais la commande est longue et claque entre la deux et la trois. De plus, l’étagement est très long voir, trop long. Le passage de la troisième à la quatrième fait perdre presque 1000tr/min au moteur le faisant sortir de la zone turbo. On passe donc d’un moteur pétillant vigoureux au meilleur de sa forme à un moteur creux et poussif. Il faut donc bien timer son changement de rapports pour ne pas se faire surprendre. L’embrayage est un peu trop léger avec un point de patinage trop haut, mais il s’agit là de préférence et d’habitude à prendre.
Plus Golf que jamais
C’est sur les routes de montagnes que le châssis de cette Polo a commencé à dévoiler son jeu. La voiture est rassurante, très neutre et se laisse gentiment emmener à la limite comme une Golf. Et cela est une très belle évolution vis-à-vis de celle qu’elle remplace. La Polo avait auparavant le vilain défaut d’avoir un train arrière très piégeur, même sur la GTi. Ce dernier se dérobait sans prévenir même avec de belles montes pneumatiques. Ici rien de tout cela. La voiture s’inscrit avec confiance, puis on la sent pivoter sans jamais trahir. De plus, les réactions hors limites sont téléphonées. La suspension de la voir ne dribble jamais et malgré une monte assez petite en 15 pouces, la voiture ne s’affale jamais sur ses appuis. En revanche, la direction, légère, est trop assistée et filtre toutes les informations, dommage, mais peu étonnant.
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Côté freins, la Polo s’équipe sans grandes surprises d’étriers flottant à l’avant et de tambours à l’arrière. Le freinage est puissant et endurant, et se paie même un très bon réglage de pédale. Elle n’a quasiment pas de course morte et l’assistance est régulière sans être trop importante. Doser le freinage est très naturel. Cela contraste agréablement avec les anciennes habitudes de VAG à avoir beaucoup d’attaques de freins, et donc la tête dans le pare-brise à la moindre pression de pédale, sans trop d’exagération.
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En revanche, Volkswagen pourrait porter un peu plus d’attention aux montes d’origines. Les Kumho Ecowings (en 185/65 R15) sont tout simplement nuls. C’est brutalement honnête, mais laissez moi vous expliquer pourquoi. Tout d’abord, les flans et les épaules manquent terriblement de rigidités et le train avant tombe dans un sous-virage très rapidement même à des allures normales. Entendre des pneus crisser à 50km/h dans une banale courbe est affligeant. Sous l’eau, c’est une catastrophe. Le freinage se dégrade fortement avec un ABS qui entre en jeu très vite, bien qu’il soit sensible sur la Polo, on parle ici de seulement 30% de pédale avant déclenchement sur route mouillée… L’arrière peut décrocher, mais la Polo étant plus saine, la voiture rassure un peu et l’ESP se déclenche plus tard qu’auparavant. Merci aux meilleurs réglages de la voiture. Sur voie rapide et départementale, ces pneus provoquent beaucoup de bruits de roulements très désagréable. Pourtant, et il s’agit là d’une très belle qualité, la Polo est extrêmement bien insonorisée. Pas de bruit d’air, de perturbations au niveau des rétroviseurs, rien. Sauf ces pneus en bois qui adhèrent autant qu’une noisette de beurre au fond d’une casserole chaude. Fuyez-les!
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Facile à vivre
Notre Polo Life est une entrée de gamme. L’équipement est correct mais pas pléthorique. Malgré tout, l’équipement reste bizarre. Un travail à moitié fait. Les rétroviseurs sont rabattables électriquement, mais le rétroviseur intérieur électrochrome est manuel. La voiture dispose du Lane Assist (maintien actif dans la voie), qui marche d’ailleurs très bien, du Front Assist (freinage automatique d’urgence), du limiteur de vitesse, mais pas du régulateur. Phare automatique EcoLed, oui, mais essuie-glace automatique, non. La caméra de recul, dont la qualité est très médiocre est présente, mais pas les aides aux stationnements. Ni à l’avant, ni à l’arrière. Mesquineries ou choix à la carte, à vous d’en être juge.
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Le système d’infodivertissement est repris de l’ancienne version, d’ailleurs, l’image de la voiture n’a pas été mise à jour. Cela fait vieux et c’est fort dommage de n’avoir fait aucun effort sur ce point-là. En revanche, l’Apple CarPlay et Android Auto sont de la partie. La connexion se fait via un port USB Type C. La voiture en dispose de quatre d’ailleurs, deux à l’avant et deux à l’arrière. En revanche, le système peut planter une fois connecté, et il faut le rebooter en appuyant sur les deux molettes simultanément pendant une dizaine de secondes. Le système audio de base de cette Polo est particulièrement décevant, pour ceux qui y portent de l’intérêt. Les graves sont absents, les aigus pas terribles, la répartition du son est mauvaise et un sentiment d’avoir toujours la musique un peu au loin. La taille de l’écran est suffisante, et l’ergonomie de la voiture est bonne. D’ailleurs, le volant laisse place à de vrais boutons faciles à comprendre et à prendre en main. Pour le limiteur/régulateur, on peut ajuster la vitesse de 10 en 10 avec les boutons gauche-droite autour du cancel. Le « Set » sert quant à lui à valider la vitesse ou à diminuer de un à un la vitesse, et le « Res » à réactiver le système ou augmenter la vitesse de un à un. La vitesse choisit reste en mémoire même une fois le moteur coupé. Le bouton et l’accès aux aides à la conduite sont très simples, et leur activation/désactivation se font rapidement.
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Le compteur se décline uniquement sous la forme d’un écran ici. Mais on sent fortement qu’il s’agit de la petite version. Les côtés ne sont pas utilisés et l’ensemble fait vide. Il existe trois vues, une avec le compte-tour, une avec la vitesse et une dernière avec les infos de la voiture qui sont personnalisables. C’est simple et clair mais pas réjouissant.
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Les sièges sont très confortables, même sur les grandes distances. Ils offrent un bon maintien latéral et une belle plage de réglages. Le volant s’ajuste aussi avec une plage importante en hauteur comme en profondeur.
Deutsche Qualitat
Cette Polo malgré une finition d’entrée de gamme est très bien construite. On sent une belle rigueur dans les assemblages et les ajustements. Oui, les plastiques durs sont présents partout, mais ils ne rayent pas, ne bougent pas, ne font pas de bruits. Le meilleur test pour valider cette qualité de fabrication réside dans les 9km de pistes à faire pour rejoindre le parking du lagon de Balos. Neuf kilomètres de terre, de cailloux et de roches qui secouent et font trembler la voiture dans tous les sens. À aucun moment, la Polo n’a fait échapper le moindre bruit de souffrance. Seule la plage arrière claque un peu, mais étant démontable cela n’est en rien surprenant.
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La belle peinture bleue Récif présente peu de peau d’orange et une belle résistance aux micro-rayures. 23.000km de location et elles sont très peu présente!
Satisfait ou remboursé ?
Cette Polo n’est pas parfaite, c’est une certitude. Avec un moteur creux à bas régime, une commande de boite largement perfectible ou des secousses à bas régime à cause du mouvement du moteur, il y a des choses à en redire. Mais elle reste une citadine qui donne le sentiment d’être une compacte avec une très belle évolution des réglages de son châssis qui offre beaucoup plus de rigueur que par le passé, un confort excellent offert par des sièges confortables et au maintien convaincant aidé par une suspension parfaitement bien ajustée.
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Même si les défauts sont assez gros, ils sont donc compensés par d’excellentes qualités. À ce titre, il faut aussi ajouter que sur les plus de 900km de notre périple crétois, la consommation moyenne s’établit à 5,89L/100km. Le réservoir de 40L permet de faire 650km avec cette consommation, mais elle peut facilement s’abaisser. Sur une zone plus urbaine ou une plaine, ce 1.0L TGi peut descendre sous les 5.0L/100km de consommation moyenne et offrir plus de 700km d’autonomie.
Cette sixième génération de Polo s’apprécie comme une Golf avec un comportement de quasi-compacte. Elle fait bien les choses sans jamais y exceller, sauf peut-être ici dans son confort bien aidé par ses roues en 15 pouces. Avec un prix assez bien placé en France, mais uniquement disponible avec la TSi, la Polo reste un choix à garder en tête. Dommage que ce TGi ne soit pas disponible, il apporte certes son lot de défaut, mais n’en reste pas moins attachant avec son petit caractère face à une concurrence ou un TSi trop lisse.
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