Tech Test : Le Cadillac Lyriq est-il le nouveau roi de la « Silicon Valley » ?

Quand on pense à Cadillac, on imagine souvent des V8 glougloutants et du cuir épais. Mais après avoir passé 2000 km au volant du nouveau Lyriq, j’ai dû revoir ma copie. Ce n’est plus seulement une voiture, c’est un périphérique connecté géant.

Au-delà de sa ligne spectaculaire et de ses 528 chevaux, j’ai voulu décortiquer ce que ce vaisseau amiral a dans le ventre en matière de bits, de pixels et de décibels. Entre émerveillement visuel, mesures de consommation et frustration logicielle, voici mon verdict technologique.

L’écran 33 pouces : La claque visuelle

Dès l’ouverture de la portière, il n’y a que lui. Oubliez les configurations à double écran (un pour le compteur, un pour le GPS) que l’on voit partout. Cadillac a posé une immense dalle incurvée de 33 pouces d’un seul tenant, qui flotte littéralement sur la planche de bord.

Ce qui frappe, au-delà de la diagonale, c’est la résolution. Avec une définition annoncée en 9K, la finesse d’affichage est bluffante. Les noirs sont profonds, les couleurs éclatantes. C’est sans doute l’un des plus beaux écrans du marché automobile actuel.

Mais le plus important, c’est ce qu’il y a derrière. Cadillac a eu l’intelligence de s’associer avec Google pour son système d’exploitation (Android Automotive). Résultat ? C’est fluide, réactif, et surtout, on retrouve tout son écosystème. Afficher Google Maps en plein écran sur une telle surface est un régal absolu pour la navigation. On a l’impression de piloter depuis un centre de contrôle.

Audio et Silence : La guerre des ondes

La technologie ne sert pas qu’à afficher des cartes, elle sert aussi à gérer l’ambiance. Ici, Cadillac joue sur deux tableaux contradictoires : le silence absolu et le gros son.

D’un côté, le système d’annulation active du bruit (Active Noise Cancellation). La voiture utilise des micros pour écouter les bruits de roulement et d’air, et envoie une fréquence opposée via les haut-parleurs pour les annuler. Le résultat est stupéfiant : à 130 km/h, on se croirait dans un salon feutré.

De l’autre, le système audio AKG Studio. Avec 19 haut-parleurs, dont certains intégrés directement dans les appuie-têtes (une touche très premium), l’immersion est totale. J’ai souvent cité le système Bowers & Wilkins du Volvo EX90 comme ma référence absolue. Et bien, je pèse mes mots : le système du Lyriq joue dans la même cour. La spatialisation est précise, les basses sont propres, c’est un auditorium roulant.

Data & Efficience : La vérité sur la consommation

Passons aux chiffres qui fâchent (ou pas). Le Lyriq embarque une batterie massive de 102 kWh utiles. C’est énorme, c’est de la « Brute Force » à l’américaine pour compenser le poids du véhicule (près de 2,8 tonnes). Mais quelle est l’efficience réelle de la plateforme Ultium ?

Durant mon essai, voici les mesures relevées :

  • En ville : C’est le terrain de jeu idéal. Avec 450 km d’autonomie réelle, la consommation tourne autour de 22-23 kWh/100 km. Pour un tel gabarit, c’est une performance technologique correcte, aidée par une excellente régénération.
  • Sur route nationale : On oscille entre 350 et 400 km, soit une consommation d’environ 26 kWh/100 km.
  • Sur autoroute : C’est là que la physique reprend ses droits. À 130 km/h, l’aérodynamique de « Tank » et la surface frontale massive se paient. L’autonomie tombe à 300 km, ce qui traduit une consommation gloutonne dépassant les 33-34 kWh/100 km.

Le verdict data est clair : le Lyriq mise sur la taille de son réservoir d’électrons plus que sur l’efficience pure de ses moteurs pour voyager.

Conduite : L’électronique au service du feeling

La technologie s’invite aussi dans la gestion de la conduite, avec une mention spéciale pour la régénération d’énergie qui permet d’optimiser ces scores de consommation.

Le Lyriq propose bien sûr le One-Pedal Driving (conduite à une pédale), géré par logiciel, qui permet d’aller jusqu’à l’arrêt complet sans toucher au frein. Mais le petit « plus » geek que j’ai adoré, c’est la palette « Regen on Demand » derrière le volant. Contrairement à une palette classique (on/off), elle est sensible à la pression, comme une gâchette analogique de manette de jeu vidéo. Plus vous appuyez fort dessus, plus la voiture freine fort en régénérant. C’est ludique, intuitif et cela permet de « sculpter » son freinage du bout des doigts.

Le Bug dans la Matrice : La gestion de la charge

C’est ici que le bât blesse. Malgré cette chimie de batterie de pointe NCMA (Nickel-Cobalt-Manganèse-Aluminium), la gestion thermique a montré ses limites lors de l’épreuve de vérité : la remontée de Bordeaux à Paris.

C’est après avoir enchaîné plusieurs charges rapides successives que le phénomène s’est déclenché. C’est un cas d’école de « rapidgate ». La batterie, probablement saturée en chaleur par la répétition des sessions de haute puissance et la consommation élevée sur autoroute, a vu le système brider drastiquement la vitesse pour se protéger.

Malgré une promesse de charge à 190 kW, je me suis retrouvé plafonné à 70 kW sur autoroute. Pire, l’ordinateur de bord semblait incapable de gérer simultanément le refroidissement de la batterie (déjà sollicitée par les charges précédentes) et celui de l’habitacle : allumer la climatisation faisait chuter la charge à 45 kW.

C’est là tout le paradoxe de cette voiture. Vous avez l’un des meilleurs écrans du monde, un OS Google ultra-performant, mais le logiciel de gestion de batterie (BMS) semble peiner à gérer l’endurance thermique sur long trajet.

Verdict Tech

Si l’on met de côté ce bug thermique lors des longs trajets successifs, le Cadillac Lyriq est une réussite technologique indéniable. Il ne cherche pas à vous noyer sous des gadgets inutiles, mais utilise la tech pour le confort (silence, audio) et le plaisir des yeux (écran 9K). Il prouve que l’Amérique a parfaitement digéré le virage numérique. Le Lyriq ne lui reste plus qu’à « télécharger la mise à jour » pour calibrer sa charge rapide, et le système sera opérationnel à 100 %.

Prêt de Cadillac

Tech Test : Le Cadillac Lyriq est-il le nouveau roi de la « Silicon Valley » ?
Belle mais pas assez au point
On aimerait l'aimer, mais le compte n'y est pas en matière de gestion de la charge... On a hâte d'essayer les prochaines itérations électriques, plus abouties, de la belle marque américaine.
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On aime
Le design
L'écran 33 pouces !
La signature lumineuse
L'OS
On aime moins
La gestion thermique de la recharge
7.8