Certaines fins de production passent inaperçues. D’autres marquent la fin d’une époque. Celle de la Bugatti W16 Mistral appartient clairement à la seconde catégorie. La dernière W16 Mistral vient officiellement de quitter l’Atelier de Molsheim. Avec elle, c’est tout un chapitre de l’histoire de Bugatti qui se referme : celui du moteur W16.
Cet ultime exemplaire n’a rien d’anodin. Il porte une livrée bicolore baptisée « Pearl » et « Sparkle ». Ce choix esthétique n’est pas laissé au hasard. Depuis son dévoilement, la W16 Mistral porte une signature : « The last of its kind ». Cette dernière unité en est l’incarnation la plus littérale possible.

Un moteur devenu légende
Pour comprendre l’importance de ce moment, il faut revenir sur ce qu’est réellement le W16. Le W16 est apparu avec la Veyron, au début des années 2000. Ce bloc compte seize cylindres, répartis en quatre bancs de quatre, en configuration W. Il est longtemps resté l’argument technique ultime de la marque alsacienne. Quadriturbo, il dépasse les 1 500 chevaux dans ses dernières évolutions. Il a propulsé la Veyron, la Chiron, puis toute la famille de dérivés qui a suivi. La W16 Mistral referme cette lignée avec un roadster à ciel ouvert, pensé comme un adieu spectaculaire.
Le choix du roadster n’était d’ailleurs pas anodin. Il offre aux derniers propriétaires la possibilité d’entendre ce moteur sans le filtre d’un toit. Une expérience dans sa forme la plus brute et la plus sensorielle. Un dernier geste, presque symbolique, avant que Bugatti ne tourne définitivement la page.

Pourquoi cette fin de production compte
On pourrait se dire qu’il ne s’agit que d’un communiqué de plus dans le calendrier d’une marque de luxe. Mais dans l’histoire de l’automobile de performance, la disparition d’une architecture aussi singulière reste un événement rare. Aucun autre constructeur au monde n’a jamais produit un seize-cylindres de cette complexité. Il fallait quatre turbocompresseurs et une ingénierie pensée pour repousser des limites jugées improbables par la concurrence.
La fin de la W16 Mistral n’est pas seulement la fin d’un modèle. C’est la fin d’une philosophie mécanique qui a défini Bugatti pendant plus de vingt ans. Elle referme une parenthèse ouverte avec la Veyron 16.4 en 2005. Cette histoire s’est poursuivie avec la Chiron et ses multiples déclinaisons. Elle trouve ici sa conclusion la plus théâtrale : un roadster limité. Il embarque le moteur le plus puissant jamais installé sur une Bugatti routière. Chaque exemplaire est déjà, par définition, un objet de collection.
Et maintenant ?
Le retrait du W16 n’est pas une surprise pour qui suit l’actualité de la marque. Bugatti a déjà tourné la page avec l’annonce de la Tourbillon. Son cœur repose sur une tout autre architecture : un V16 atmosphérique épaulé par une assistance hybride. Ce moteur a été développé en interne pour repousser encore les limites de la performance. Mais il suit une logique technique complètement différente. Une page se tourne, une autre s’ouvre, avec la Manufacture de Molsheim comme fil rouge entre les deux époques.
Pour les passionnés, la W16 Mistral restera le dernier hommage à un moteur longtemps jugé impossible à égaler. Elle a été produite dans les conditions d’exclusivité propres à Bugatti. Une poignée d’exemplaires, un savoir-faire artisanal revendiqué à chaque étape. Sa communication transforme chaque fin de production en véritable moment de la mécanique automobile.

Reste à savoir comment l’histoire jugera cette période W16 dans quelques décennies. Une chose est sûre : peu de moteurs auront autant marqué l’imaginaire des amateurs de voitures d’exception. Et peu de constructeurs auront su mettre en scène sa disparition avec autant de soin.
Source : communiqué de presse Bugatti, 16 juillet 2026.
