L’usine MG en Espagne franchit une étape décisive. Le ministère espagnol de la Défense s’apprête à valider le projet du chinois SAIC à Ferrol. Et ce, malgré des alertes de sécurité formulées par les services de renseignement. Le site retenu jouxte en effet une base navale stratégique de l’OTAN. L’affaire oppose frontalement deux priorités européennes : relocaliser la production automobile et se protéger des ingérences étrangères.
Une usine MG en Espagne à cinq kilomètres d’un arsenal de l’OTAN
Le site retenu se trouve dans le port de Ferrol, en Galice. Ce port abrite une base navale majeure de la marine espagnole. On y entretient notamment les frégates F-100, engagées dans des missions de l’OTAN. Ces bâtiments embarquent des radars Aegis signés Lockheed Martin. L’usine s’élèverait à environ cinq kilomètres de cet arsenal. Elle produirait jusqu’à 120 000 voitures par an sous la marque MG. Le chantier démarrerait en 2027, pour une mise en service visée en 2028. Il s’agirait de la première usine européenne du groupe chinois.
Ce que redoutent le CNI et la Défense
Le Centre national du renseignement espagnol a formellement signalé un risque d’espionnage. Le ministère de la Défense a relayé cette alerte. Fait notable, la crainte principale ne porte pas sur la cyberattaque. Selon les sources citées par la presse espagnole, elle vise plutôt le recrutement humain. Des services chinois pourraient en effet approcher des salariés de la chaîne d’approvisionnement locale. Or cette chaîne travaille déjà pour l’arsenal atlantique le plus sensible du pays. Le risque relève donc du renseignement classique, bien plus que de la technologie.
L’usine MG en Espagne, un pari industriel assumé
Madrid a malgré tout tranché en faveur du projet. L’enjeu économique pèse lourd dans une région en quête d’emplois industriels. Le dossier passera toutefois devant le comité espagnol des investissements stratégiques. Cette instance peut encore imposer des conditions de sécurité au groupe chinois. SAIC reste par ailleurs le premier constructeur chinois en volume, sous contrôle de l’État. Le groupe entretient également des liens anciens avec General Motors, récemment prolongés jusqu’en 2047. Sa présence industrielle en Europe change donc d’échelle avec ce projet.
Notre avis
Chez techyourseat.fr, notre position est claire : l’économie a primé, et à tort. Madrid arbitre ici contre l’avis de ses propres services de renseignement. L’argument de l’emploi reste évidemment réel, et la Galice en manque cruellement. Mais il ne devrait pas trancher seul un dossier de sécurité nationale. Le précédent nous semble surtout dangereux pour l’Europe entière. Chaque pays pourra désormais invoquer ses besoins industriels pour écarter une alerte officielle.
Un autre point nous gêne dans ce dossier. Le projet aurait pu s’installer ailleurs en Espagne sans perdre son intérêt économique. Le choix de Ferrol relevait donc d’un arbitrage, pas d’une fatalité géographique. Attention, l’investissement chinois en soi ne pose pas problème ici. C’est la proximité immédiate avec un arsenal de l’OTAN qui interroge. Nous attendons désormais les conditions imposées par le comité des investissements stratégiques. Elles diront si Madrid a réellement pris la mesure du risque signalé.
