Le patron de Stellantis a pris un engagement inhabituel. Antonio Filosa promet de ne fermer aucune usine française pendant cinq ans. Il s’exprimait le 26 août aux Rencontres des entrepreneurs de France, à Roland-Garros. La méthode surprend toutefois davantage que la promesse elle-même. Des constructeurs chinois viendront occuper les lignes sous-utilisées. Rennes-La Janais servira de premier terrain d’application. L’annonce a immédiatement relancé le débat sur la souveraineté industrielle.
Les usines françaises de Stellantis sauvées pour cinq ans
Le groupe emploie encore 38 000 personnes en France. Filosa engage l’ensemble des douze sites industriels du pays. Cette garantie court sur les cinq prochaines années. Elle s’accompagne d’un investissement annoncé de plus d’un milliard d’euros. Le contexte européen rend cette annonce d’autant plus remarquée. Plusieurs constructeurs réduisent en effet leurs capacités sur le continent. Stellantis choisit donc l’inverse, au moins sur le papier.
Rennes-La Janais accueillera une Voyah en 2028
Le site breton illustre parfaitement cette stratégie. Rennes-La Janais produira un véhicule électrique premium de la marque Voyah à partir de 2028. Voyah appartient au groupe public chinois Dongfeng. Ce n’est pas le premier rapprochement du genre chez Stellantis. Leapmotor assemble déjà des modèles sur les sites de Tychy et de Figueruelas. Le groupe transforme ainsi ses surcapacités en revenus de sous-traitance. L’usine tourne, les salaires tombent, la marque affichée change.
Remplir les lignes plutôt que les fermer
La logique financière se comprend sans difficulté. Une ligne à l’arrêt coûte cher et ne rapporte rien. Un partenaire qui loue la capacité amortit immédiatement l’outil. Le marché européen souffre par ailleurs d’une surcapacité structurelle. Les constructeurs chinois cherchent de leur côté à produire localement. Cette production sur place leur permet d’éviter les droits de douane européens. L’arrangement satisfait donc les deux parties, du moins à court terme.
Les usines françaises de Stellantis face au procès en cheval de Troie
L’annonce a immédiatement suscité des critiques. Filosa a dû se défendre d’être « un cheval de Troie » de la Chine. L’argument des opposants porte sur la valeur ajoutée. Assembler une voiture conçue ailleurs rapporte moins que la concevoir soi-même. Les bureaux d’études, la propriété industrielle et la marge restent chez le partenaire. Ce débat rejoint celui sur l’implantation industrielle chinoise en Europe. Il occupera les prochains mois à Paris comme à Bruxelles.
Notre avis
Il faut regarder cette annonce sans posture. Une usine pleine de voitures chinoises vaut mieux qu’une usine fermée. Les 38 000 salariés concernés ne raisonnent pas autrement. Filosa fait le choix pragmatique, et il faut lui reconnaître cette lucidité. Le marché européen souffre d’une surcapacité que personne ne sait résorber autrement. Refuser ces partenariats reviendrait à sacrifier des sites au nom d’un principe. Le débat sur la valeur ajoutée reste légitime, mais il vient après l’emploi.
